Lycées 2040 : où en est la démarche et que se passe-t-il en Finistère ?

Lancée officiellement en 2025 par le Rectorat de l’académie de Rennes et la Région Bretagne, la démarche « Lycées 2040 » vise à anticiper l’évolution du réseau des 114 établissements publics bretons (102 lycées de l’Éducation nationale, 8 lycées agricoles, 4 lycées maritimes, soit 77 783 élèves à la rentrée 2025) face à une baisse démographique prévue par une étude de l’INSEE : -15 % des effectifs lycéens d’ici 2040, jusqu’à -25 % sur certains territoires comme Fougères ou Lannion, seul le bassin rennais restant dynamique.
La gouvernance repose sur un comité de pilotage État-Région, seule instance décisionnelle. La méthode se déroule en deux phases : une phase de cadrage (installation du comité de pilotage en juillet 2025, séminaire régional du 9 décembre 2025) ayant permis de fixer la doctrine régionale et d’identifier les territoires prioritaires ; puis, depuis 2026, une phase de concertation par bassins de vie et réseaux pédagogiques, en trois temps — co-construction de scénarios (même si on ne sait pas vraiment qui sont les « co » concerné·es), arbitrage et définition des modalités de mise en œuvre. Un pré-diagnostic (cartographie, effectifs, bâti, moyens) est établi pour chaque territoire avant l’ouverture des échanges locaux, avec pour horizon la validation des scénarios en 2027.
Le calendrier présenté en juin 2026 est le suivant :
• 1ère étape : Brest et Lannion-Tréguier (printemps 2026),
• 2ème étape : Lorient, Redon-Bain et Fougères (automne 2026),
• 3ème étape Saint-Brieuc, Châteaulin et Ploërmel (hiver 2026-2027).
Les objectifs affichés par la Région et le Rectorat sont « l’équité territoriale et géo-sociale, la préservation de l’équilibre public/privé (60 %/40 %) et le maintien d’une offre de formation diversifiée », sans réduction annoncée.
Pour la CGT Éduc’action, plusieurs points de vigilance demeurent :
→ la fiabilité des projections démographiques n’est jamais interrogée alors que le contexte mondial reste incertain
→ la création d’établissements de très grande taille (jusqu’à 4 000-4 500 élèves un moment envisagé à Brest) contredit les recommandations sur la prévention du harcèlement scolaire
→ la concurrence public/privé perdure (18 millions d’euros de forfait d’externat versés chaque année au privé)
Enfin, la réalité de la concertation est contestée par plusieurs organisations, qui dénoncent des orientations déjà arrêtées.
Le Finistère : Brest en tête, Châteaulin encore dans l’attente
Le bassin de Brest fait partie des deux premiers territoires engagés dans la concertation, avec une réunion de lancement tenue le 9 juillet 2026 au lycée Vauban. Le diagnostic local (55 % public/45 % privé) montre un réseau public globalement stabilisé depuis 2023 (+36 élèves), mais des projections préoccupantes : -572 élèves dans les lycées publics entre 2023 et 2033 (de 4 318 à 3 144), amplifiées par une baisse attendue de 1 156 élèves dans les collèges publics d’ici 2035.
Deux hypothèses de restructuration ont été soumises, sans décision actée : un scénario de « rééquilibrage » (pas de fermeture d’établissement, mais seuils d’effectifs minimaux imposés aux lycées de l’Iroise et de l’Harteloire) et un scénario de « redistribution » (fermeture de l’un des deux). Les deux prévoient la fermeture du site professionnel de Lanroze et la poursuite du projet de campus Kérichen, rapprochant les lycées La Pérouse, Lesven et Vauban.
La CGT a porté plusieurs alertes lors de cette réunion : contestation de la méthode, concurrence avec le privé, saturation des internats (le lycée Lesven refuse chaque année une cinquantaine d’élèves), état dégradé de ce même lycée après la tempête Ciaran, et absence du chef de projet Kérichen, dont la lettre de mission n’avait pas plus été communiquée aux syndicats que son rapport final. Des groupes de travail doivent se constituer à la rentrée, sur la base du volontariat, pour approfondir les deux hypothèses. À la suite des HIS de pré-rentrée, les collègues ont exprimé leur volonté d’une présence des personnels dans ces GT. Avec la FSU et SUD éducation, nous allons contacter les instances départementales et académique pour faire le point.
Le bassin de Châteaulin, lui, n’entre dans la démarche qu’en 3e étape du calendrier régional, à l’hiver 2026-2027 : à ce jour, aucune concertation locale n’y a été engagée ni aucun pré-diagnostic communiqué. La CGT Éduc’action Bretagne suivra attentivement l’ouverture de cette phase et informera les personnels dès que des éléments concrets seront présentés.
