Contre la militarisation de la jeunesse, en Finistère comme ailleurs !
Prise de parole CGT Éduc’action 29 lors de la table ronde : "Les Finistériens face à la guerre : rapprocher les citoyens des enjeux de défense à l’heure des nouvelles conflictualités"
Lundi 18 mai 2026 - Amphithéâtre Arthaud, UBO
Depuis plusieurs années, un glissement profond s’opère dans la manière dont l’État conçoit la jeunesse. Le Service National Universel a été abandonné mais le gouvernement n’a pas renoncé à militariser la jeunesse : il a simplement déplacé le curseur vers un dispositif plus discret, les « classes défense », présentes dans les collèges et lycées et qui constituent aujourd’hui la colonne vertébrale de l’acculturation militaire de l’École.
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte alarmant : montée des nationalismes, glorification de la puissance militaire, banalisation de la violence. Depuis le conflit russo-ukrainien, l’idée que la guerre serait une donnée structurelle du monde s’est imposée dans le discours politique. Et dans ce climat, l’École n’est plus seulement un lieu d’apprentissage : elle devient un des relais d’une vision militarisée de la citoyenneté.
Le guide ministériel « Acculturer les jeunes à la défense » de novembre 2025 en est la doctrine officielle. Il recommande d’intégrer les enjeux de défense dans toutes les disciplines, de multiplier les rencontres avec des militaires, d’immerger les élèves dans des environnements militaires — visites de bases, simulations stratégiques, stages, dispositifs « cadets de la défense ». Il insiste sur la nécessité de « corriger les représentations » que les élèves auraient de l’armée. Cette formulation révèle une intention claire : il ne s’agit pas d’informer, mais d’orienter. La frontière entre éducation et influence se brouille dangereusement.
Les élèves ciblé·es ont de 11 à 18 ans. À cet âge, les représentations sont encore malléables. Exposer ces enfants à un imaginaire militaire institutionnalisé, valorisé, héroïsé, n’est pas neutre. Cela oriente leur vision du monde et leur rapport à la guerre.
Il y a là une hypocrisie flagrante : Emmanuel Macron s’inquiète des « dangers des jeux vidéo pour la santé mentale des jeunes » mais promeut des dispositifs où des adolescent·es manipulent des armes réelles, s’exercent sur des simulateurs de tir et participent à des wargames. Ce qui serait dangereux derrière un écran deviendrait exemplaire un fois estampillé « défense ». Ce n’est pas une incohérence : c’est une stratégie qui utilise la peur pour ouvrir les portes de l’École à la militarisation.
Et pendant ce temps, le Service public d’Éducation est abandonné. Les moyens manquent pour réduire les effectifs, accompagner les élèves en difficulté, développer l’éducation artistique. Mais les partenariats militaires, eux, sont financés, structurés, pilotés. Ce choix est politique.
La question centrale est celle-ci : quelle mission assigne-t-on à l’École ? Préparer des jeunes à accepter comme inévitable un monde structuré par la confrontation militaire ? Ou former des esprits critiques capables de défendre la justice sociale, l’égalité et la paix ? Une République qui habitue sa jeunesse à la verticalité hiérarchique plutôt qu’à l’exercice de la liberté ne forme plus des citoyen·nes éclairé·es, mais des exécutante·s discipliné·es.
Nos revendications sont claires :
• Abandon des « classes défense » et de tous les dispositifs École-Armée
• Développement de l’éducation à la paix, au droit international, à la coopération
• Renforcement des moyens pour la culture, l’art et la pensée critique
• Protection des mineur·es contre les stratégies d’influence militaire
• Refus de toute politique formant des exécutant·es dociles plutôt que des citoyen·nes libres
